Le décès du père Ravanel
Mardi, 11 Octobre 2011 00:00

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Le père Ravanel nous a quittés (disons plutôt qu'il est avec nous d'une autre manière). Ce père tellement frère a fondé le Foyer de la Flatière, il a été très proche de Marthe, postulateur du procès diocésain pour sa béatification, puis successeur du père Finet comme responsable de l'Oeuvre des Foyers de 1988 à 2000.

 

Un guide fraternel

Les Houches. Vous prenez la petite route qui monte vers Coupeau. Là une route plus étroite encore vous conduit à 1400 mètres d’altitude : la Flatière, en face du massif du Mont-Blanc. Vous découvrez un hameau savoyard, clins de bois et toitures en lauses. Vous ne soupçonnez pas que sous ces chalets il y a plusieurs niveaux de chambres, à flanc de montagne : avec les mazots, cachés dans le vallon, de quoi héberger jusqu’à 200 retraitants.

Tous ceux qui découvrent le Foyer de Charité de la Flatière sont émerveillés, surtout s’ils ont la grâce d’y vivre quelques jours de retraite : le paysage, qui change au fil des saisons et des heures, la beauté rustique des constructions, la chapelle ouverte sur les sommets enneigés, les couleurs et les senteurs des Alpes, sans oublier la présence attentive et chaleureuse de la communauté qui, comme dans tous les Foyers, a vocation de vous accueillir et de vous servir… Mais le plus émerveillé c’est le père Ravanel : « Quant à moi, mon âme de prêtre est dans l’émerveillement car j’ai vu l’œuvre de Dieu s’accomplir peu à peu dans le silence de nos montagnes. »

Jeune prêtre, professeur puis directeur au séminaire d’Annecy, il accompagne des couples chrétiens. Est-ce en mémoire de longues heures de solitude dans la montagne, du temps où l’armée lui faisait monter la garde au col du Midi ? « J’avais un grand désir de les emmener dans la montagne pour les mettre en présence de Dieu. » Deux cheftaines de guides lui font découvrir la Flatière. En 1955 il n’y a que deux vieux chalets, mais son rêve commence de se réaliser, et ce rêve va devenir vocation.

En effet le projet prend une autre dimension quand il rencontre Marthe Robin. Une grande connivence s’établit entre eux, lui le grand montagnard et elle la « petite Marthe » (comme il disait). Des chantiers successifs donnent au Foyer sa forme actuelle, la petite équipe du début devient une grande famille, des milliers de retraitants prennent le chemin de la Flatière. À ceux qui mettent ce succès sur le compte du Mont-Blanc, il répond que beaucoup de gens voient le Mont-Blanc sans se convertir : « On ne peut rien expliquer de ce qui se vit ici sans le Saint Esprit. »

Après 63 années de ministère, le 11 octobre 2011, Jacques Ravanel a quitté ses montagnes pour plus haut encore. Mais il reste pour beaucoup « le premier de cordée » évoqué par Mgr Marchand, ancien évêque de Valence, avec qui il a beaucoup collaboré en tant que postulateur pour la béatification de Marthe puis successeur du père Finet (de 1988 à 2000).

Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour. Il lisait dans ce verset de saint Jean (15, 9) tout le mystère de Dieu, et du Christ, et de l’homme. Et il le vivait. De là son attention bienveillante à chacun, son art de pacifier, son enseignement pétri d’humanité et d’évangile, d’humour et de contemplation. Les fondateurs et les leaders à la forte personnalité sont parfois impressionnants, voire écrasants. Inversement, les « gentils » sont parfois des êtres un peu falots. Chez le père Ravanel rien de cela, mais un équilibre exceptionnel. L’équilibre du guide qui conduit vers les sommets ?

Avec reconnaissance, le père Alain Bandelier